Comme l’an passé, nous avons célébré la fête de la Laïcité en plantant un « arbre de la laïcité » cette année dans la cour de l’école de Novel.

A l’occasion de la tenue de cette manifestation, je me suis interrogé sur le sens de ce mot, otage de son histoire, tellement brandi pour tout dire et son contraire qu’il en est galvaudé : LAÏCITE.

Je m’étais déjà interrogé sur le concept de « morale laïque ». Je connaissais le mot « morale », je n’ai pas tout à fait compris le sens donné à « morale laïque ». Je me suis donc attaché à comprendre le sens profond de « laïcité ». Pour comprendre je me suis imprégné des témoignages politiques sur cette question, qui rapportent la laïcité comme une 4e pierre angulaire de notre République. Je la traduis, pour ma part, comme étant « la » 4e  pierre angulaire de notre République.

J’emploie l’expression « pierre angulaire » à dessein. Tout d’abord, parce que nos trois autres piliers : la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, sont pour moi intimement liés à la laïcité. Ébranler ce pilier qui fait la spécificité du modèle Français constituerait un risque majeur.

Notre modèle républicain différencie « la Foi et la Loi ». Cette séparation, concrétisée dans la loi du 9 décembre 1905, a confirmé une organisation politique et sociale nouvelle pour notre pays fondée sur la séparation entre la sphère privée et la sphère publique.

Cette loi, n’impose pas de ne pas croire. Au contraire, elle garantit à chacun sa liberté de croyance. Elle permet à chacun de faire des choix en ce qui concerne sa croyance religieuse, sans pour autant que cela lui soit imposé de l’extérieur.

Cette loi ne divise pas les Français les uns par rapport aux autres. Au contraire, elle les réunit autour d’un socle commun qui fait la République, une famille dans laquelle la fraternité, la solidarité constituent le ciment.

Cette loi ne crée pas d’inégalités entre les êtres. Au contraire, elle rétablit une égalité entre les membres de notre société qui, jusqu’au 19e siècle faisait défaut à notre organisation politique et sociale puisque nos institutions reposaient encore sur des principes inégalitaires.

La laïcité est au cœur du modèle Français. Elle est le fruit de ce qui fait la fierté de notre culture et qui se résume en une seule et unique formule : l’esprit critique. La Révolution Française, plus qu’un mouvement de l’histoire circonscrit à la France, a été un mouvement de libération formidable qui a inspiré toute l’Europe puis le Monde.

Ce mouvement de l’Histoire a porté aux nues l’homme nouveau, c’est -à-dire l’homme libre de toutes déterminations extérieures, un homme renouvelé, doté d’un libre-arbitre dont le socle est cet esprit critique qui caractérise aujourd’hui toute conscience libre de ses choix.

C’est l’héritage de la philosophie des Lumières, l’héritage également des grandes luttes sociales du 20ème siècle, c’est également l’héritage de la lutte armée contre les puissances totalitaires. C’est aussi un appel à poursuivre la lutte contre les forces de domination qui pourraient venir nier cette liberté si chèrement conquise.

Cet arbre planté à l’école de Novel symbolise l’idée que nous sommes reliés les uns aux autres par une histoire commune, peu importe nos origines, nos croyances, nos engagements. Que « notre terreau », celui que nous partageons  ce sont les valeurs que nous avons en commun et que nous devons défendre contre toutes les tentatives communautaristes qui divisent plus qu’elles ne réunissent, qui séparent plus qu’elles ne rassemblent, qui nuisent plus qu’elles n’aident.

C’est tout un symbole également que cet arbre soit planté dans une école, car il appartient aux générations à venir de faire fructifier ces valeurs et de les transmettre à leur tour à leurs enfants.

Idéalement, l’école est le lieu où grandissent des hommes libres et responsables. C’est le lieu d’apprentissage de ces règles de vie en commun, qui permettent à notre société de maintenir son unité malgré les crises qu’elle peut rencontrer.

Et puis je terminerai en affirmant qu’au travers de la laïcité c’est finalement la tolérance, comme vertu cardinale, qui se révèle.

Je suis persuadé qu’aujourd’hui, plus que jamais peut-être, pour affronter les défis à venir, nous avons besoin de cette tolérance les uns par rapport aux autres, afin de maintenir cet idéal démocratique qui constitue le noyau dur de notre modèle républicain.